Principes généraux

Comme il a été mentionné dans les résultats de la consultation des enseignants, il est possible de ne pas évaluer de façon sommative toutes les productions des étudiants lorsqu’il s’agit d’un projet s’étalant sur une longue période. Bien qu’il demeure pertinent, voire essentiel, de faire la lecture de toutes les productions, il peut être envisagé de demander à l’étudiant de sélectionner un certain nombre de productions dont il est le plus fier et sur lesquelles il souhaite être évalué de façon sommative. Dans le cas d’un blogue, on peut demander à l’étudiant de faire un retour réflexif sur l’activité et de rédiger un article synthèse qui propose des liens vers les contributions les plus marquantes pour lui.

Évaluer le processus et évaluer le produit

Le développement des compétences implique une évaluation à la fois du processus (démarche) et du produit (aboutissement) de la réalisation d’une tâche complexe. Pour évaluer une démarche, des enseignants utilisent le journal de bord ou le portfolio d’apprentissage, ce qui permet d’évaluer le cheminement réalisé par l’étudiant et l’ajustement de sa démarche. Dans le cas où la compétence est explicitement en lien avec l’écriture, l’enseignant pourra se référer au propos d’Allaire (2011) concernant l’écriture en tant que processus et en tant que produit :

  • L’écriture en tant que processus. Ce pôle réfère aux interventions effectuées par les enseignants pour soutenir les élèves dans le développement de la compétence à écrire, aux stratégies déployées par les élèves en situation d’écriture ainsi qu’aux patterns rédactionnels.
  • L’écriture en tant que produit. Ce pôle réfère aux écrits rédigés par les élèves sur le blogue. Les textes ont été analysés à partir d’une diversité d’indicateurs : thématique abordée, intention d’écriture, structure du texte et qualité de la langue.

La nature des compétences visées lors de la mise en place d’activités supportées par le blogue, le microblogue ou le wiki n’implique pas nécessairement d’évaluer l’écriture comme ce pourrait être fait dans le cadre d’un cours de littérature ou de français. Il est plutôt question d’évaluer le processus de travail d’équipe lorsqu’il s’agit d’une production réalisée en collaboration, ce qui pourrait être fait à l’aide d’une grille d’observation remplie par l’étudiant et que l’enseignant pourrait utiliser pour noter ses propres observations.

Exemple de grille d'observation du travail d'équipe

Sensibiliser aux conséquences de publier sur le web

Comme les productions sont réalisées dans un contexte social, que ce soit de façon publique ou privée, les enseignants peuvent porter une attention particulière à l’éducation aux médias, notamment en ce qui concerne l’identité numérique, l’éthique numérique et les conséquences que peut avoir une exposition sur le web. Les enseignants peuvent sensibiliser les étudiants au fait que ce qu’ils diffusent est reproductible, accessible et durable. Ces concepts ont été définis par Deschênes et Parent (2010b) :

  • La reproductibilité. Le fait de diffuser un document donne la possibilité à quiconque y ayant accès de le reproduire avec l’effet multiplicateur qu’Internet permet.
  • L’accessibilité. Lorsqu’on diffuse sur le web, il est difficile de savoir qui accède à nos publications: les observateurs deviennent invisibles. Le contexte peut alors être négligé ou oublié, contrairement aux situations de la vie réelle dans lesquelles les gens s’adaptent à leur environnement et à ceux qui sont témoins de leurs actes. Il faut être conscient qu’on ne peut pas empêcher les gens de trouver des informations à propos de soi sur Internet. Il est donc primordial de choisir ce qu’on rend disponible et accessible.
  • La durabilité. Les utilisateurs des outils de réseautage numérique doivent prendre conscience de l’incidence que peut avoir la diffusion d’une information pour leur avenir. Sur les réseaux numériques, on partage de l’information et des opinions, on y publie parfois pour émettre une critique sur un sujet. Ces opinions et critiques sont le résultat d’une réflexion à un moment précis dans un contexte particulier. Après plusieurs mois ou plusieurs années, il se pourrait que le point de vue ne soit plus valable ou qu’il ne corresponde plus aux valeurs et gouts de l’auteur.

Ces concepts sont transférables dans les publications que les étudiants font de façon personnelle, via leur compte Facebook, par exemple, et le fait d’aborder ces volets dans un cadre pédagogique est une excellente occasion pour les enseignants d’éduquer les étudiants à une utilisation responsable des outils de publication.

Utiliser une charte

Plusieurs moyens peuvent être employés pour traiter des concepts d’identité numérique, d’éthique numérique et des conséquences d’une exposition sur le web. Un de ces moyens est de proposer une charte à laquelle les étudiants doivent se référer avant de publier sur le web. Cette charte peut être institutionnelle, départementale ou rédigée par l’enseignant, mais elle peut également être rédigée collectivement par les étudiants pour en faciliter l’appropriation. Son contenu peut varier, mais il aurait avantage à porter sur les thèmes comme la nature du contenu diffusé, l’identité et l’éthique numériques, la qualité de la langue, etc.
Pour faciliter l’utilisation de la charte, il peut être pertinent, surtout en début de projet, de demander aux étudiants de réaliser une autoévaluation à l’aide d’une liste de vérification visant à évaluer le respect des énoncés de la charte. Par exemple, la liste de vérification de la page suivante pourrait être utilisée.

  Oui Non
J’ai inscrit la date à laquelle je diffuse cette production
Il est mentionné que la publication est réalisée en cours d’apprentissage
Je suis à l’aise que quelqu’un cite mes propos
Je suis à l’aise que mes parents, mon enseignant, mon futur employeur, lisent mes propos
J’ai vérifié qui peut avoir accès à ma production et je suis à l’aise avec le fait que ces personnes lisent ce que je diffuse
J’ai clairement identifié le contenu dont je ne suis pas l’auteur (citations, photos, vidéos, etc.)
J’ai vérifié mes sources avant de les publier
Mes sources sont correctement citées et j’ai utilisé un hyperlien vers le contenu original lorsque c’était possible
Les références que j’utilise sont intégrées au texte et contextualisées
Ce que j’ai écrit ne peut causer préjudice à qui que ce soit et ce, même si la sécurité de l’outil devenait non-fonctionnelle
J’ai demandé la permission et j’ai obtenu l’accord des personnes qui apparaissent sur les photos et les vidéos que je diffuse
Je respecte les autres dans toutes mes interactions
J’ai vérifié la qualité de la langue à l’aide des outils disponibles (correcteurs, dictionnaires, sites web, etc.)

À ce qui précède, il pourrait être pertinent d’ajouter des énoncés plus en lien avec la nature de l’activité ou avec l’outil. Ces points seront abordés dans les sections qui suivent.

Évaluer la qualité de la langue

Les productions réalisées dans un contexte scolaire ont en commun qu’elles doivent être rédigées en respectant la qualité de la langue, quelle que soit la langue, l’outil utilisé ou l’activité mise en place. Le fait que les productions soient publiques et lues par d’autres personnes que l’enseignant devrait ajouter à l’attention portée à la langue.

Comme il s’agit d’un critère faisant l’objet d’une évaluation souvent décrite dans la politique institutionnelle d’évaluation des apprentissages, par certains départements, programmes ou même dans certains plans de cours en fonction des compétences visées, ce critère restera à quantifier dans les propositions présentées. L’enseignant pourra ajuster les échelons en fonction des politiques qu’il adopte lors des remises de travaux réalisés de façon plus traditionnelle.

Évaluer les interactions

Peu importe l’outil choisi, les interactions qu’il supporte peuvent faire l’objet d’une évaluation, qu’elle soit formelle ou informelle. Dans la plupart des cas, les enseignants interrogés ont mentionné qu’ils lisaient tous les commentaires afin d’éviter les dérapages, mais peu ont indiqué qu’ils les évaluaient de façon formelle.

Il est possible d’évaluer les commentaires en fonction de leur apport au reste de la production en fonction de la volonté d’entraide dont font preuve les étudiants. Josée C.‑Larochelle, une enseignante ayant partagé son outil d’évaluation du blogue d’étudiant, a défini la volonté d’entraide comme étant le fait que « les contributions visent autant à partager de l’information qu’à en recevoir des autres ». L’attitude de l’étudiant dans ses interactions peut témoigner de sa volonté d’entraide. Le fait de contribuer de façon continue et non pas seulement au dernier moment fait en sorte que les autres étudiants peuvent bénéficier du contenu partagé et démontre l’intérêt de l’étudiant à partager de l’information.

Le Knowledge Forum dispose d’une fonctionnalité d’échafaudage (scaffolds) pouvant guider les apprenants à travers une démarche de coélaboration de connaissances. Comme le soulignent Laferrière, Allaire et Hamel (2004), « cet outil leur permet de prendre conscience du processus sociocognitif dans lequel ils sont impliqués puisqu'il incite les utilisateurs à préciser leur intention d'écriture en regard de ce que les autres participants ont écrit ». En d’autres mots, les étudiants doivent indiquer les supports auxquels correspondent chacune des parties de leur texte, processus qui peut orienter la nature de ce qu’ils écrivent. Par exemple, le Knowledge Forum propose comme échafaudage les supports suivants :

Construction d’une théorie

  • Ma théorie
  • J’ai besoin de comprendre
  • Nouvelle information
  • Cette théorie n’explique pas
  • Une meilleure théorie
  • Mettons notre savoir en commun

Opinion

  • Opinion
  • Opinion différente
  • Raison
  • Élaboration
  • Preuve
  • Exemple
  • Conclusion

Au moment de la rédaction, les étudiants doivent baliser les différentes parties du contenu qu’ils diffusent à l’aide des supports appropriés. En demandant aux étudiants d’utiliser des échafaudages, principalement lorsqu’il s’agit de débats, de négociations et de rédactions collectives, il peut s’avérer plus facile d’évaluer la pertinence des réactions et la qualité de l’apport de chacun.

De plus, l’étudiant est à même de juger de son implication dans la coélaboration de connaissances; l’enseignant peut également guider les étudiants vers des supports qui exigent davantage d’interactions avec les autres. Par exemple, un étudiant qui se contente d’utiliser les supports comme « Ma théorie » aurait avantage à utiliser aussi des supports qui l’obligent à considérer l’apport des autres comme « Mettons notre savoir en commun ».

En fonction de la nature de l’activité que l’enseignant met en place, il serait pertinent qu’il définisse sa propre structure d’échafaudage et qu’il demande à ses étudiants d’identifier le contenu de leurs articles, commentaires, gazouillis ou contribution. Par exemple, si l’enseignant souhaite utiliser Twitter afin de lancer un débat sur l’utilisation du Flash ou du HTML5 dans le cadre d’un cours de langage hypermédia, il serait pertinent de demander aux étudiants d’ajouter un des mots-clics suivants afin de définir le contenu du gazouillis : opinion, opinion différente, opinion d’experts, exemples d’utilisation, conclusion. Les étudiants pourraient prendre conscience de leur propre démarche : par exemple, un étudiant qui se contente d’utiliser « opinion » peut se rendre compte qu’il n’utilise pas de faits ou d’exemples pour appuyer ce qu’il propose.

L’évaluation des productions réalisées par les étudiants à l’aide des outils du web social sera présentée dans les pages qui suivent, en fonction des outils et du type de productions attendues. L’enseignant pourra choisir parmi ces critères ceux qui sont les plus appropriés dans le contexte de son activité. Utiliser tous les critères qui suivent pourrait considérablement alourdir la correction. Aussi, la pondération en lien avec chaque niveau est à la discrétion de l’enseignant qui devra choisir l’importance qu’il accorde à ces critères par rapport au reste de l’évaluation.

Selon la nature de ce qui est à évaluer, de l’intention de l’enseignant et du moment où est réalisée l’évaluation, l’enseignant sera à même de choisir parmi :

  • des énoncés pouvant faire partie d’une liste de vérification ou d’une grille d’autoévaluation distribuée aux étudiants
  • des critères pouvant être intégrés dans la construction d’une grille d’évaluation à échelle uniforme
  • des critères pouvant être intégrés dans la construction d’une grille d’évaluation descriptive

Ce découpage a été choisi en raison du fait que certains critères ne relèvent pas de l’évaluation d’une compétence ou d’un de ces éléments, mais plutôt d’une habilité ou même de la présence ou non de certaines composantes attendues. L’utilisation d’une grille d’autoévaluation permet à l’étudiant de vérifier qu’il a rempli certaines conditions avant de publier son article.