Démarche méthodologie

L’objectif général de cette recherche étant de produire des grilles transférables que les enseignants du milieu collégial pourront utiliser afin de faciliter l’intégration pédagogique des outils du web social dans le cadre d’activité d’apprentissage, il a été établi qu’il fallait d’abord documenter les initiatives en place afin de recenser les méthodes d’évaluation auxquelles les enseignants recourent. Cet exercice a été réalisé par la recension des écrits et l’analyse d’expériences vécues par des enseignants de différents niveaux. Il a permis de prendre appui sur les pratiques qui fonctionnent afin de généraliser des conclusions transférables, ce qui mène à la deuxième étape, celle de la production de grilles pour chaque type d’outils retenu.

Documenter les initiatives en place

La démarche de contact avec les enseignants qui utilisent des outils du web social pour faire réaliser des productions à leurs étudiants a été initiée avec la collaboration des répondants TIC des établissements d’enseignement collégial. Les membres du réseau des REPTIC ont été contactés par courriel et on leur a demandé de cibler les enseignants de leur milieu qui utilisent le blogue, le microblogue ou le wiki dans le cadre d’activités d’apprentissages. Dix REPTIC ont répondu à l’appel en fournissant un total de 27 noms d’enseignants qu’ils avaient ciblés. Tous ces enseignants ont été contactés afin de valider l’utilisation qu’ils font des outils technologiques. Parmi ceux-ci, certains ont mentionné qu’ils utilisaient les outils pour diffuser de l’information aux étudiants, mais que ces derniers ne réalisaient pas de productions, ce qui n’était pas approprié pour la présente recherche. Un courriel a aussi été envoyé aux membres de la direction des établissements d’enseignement privés afin de solliciter la participation des enseignants.

Pour maximiser le nombre d’enseignants rejoints, tous les récits Profweb traitant de la réalisation, par les étudiants, de productions à l’aide des outils du web social ont été analysés afin de connaitre la nature des activités proposées et les modalités d’évaluation. Tous les enseignants ayant publié un récit pertinent dans le cadre de ce projet ont été contactés par courriel; ils ont été invités à répondre à des questions pour nous permettre de préciser les informations initialement recueillies. Parmi les douze enseignants contactés, six ont répondu aux questions, que ce soit par courriel ou lors d’un entretien téléphonique.

Les questions posées étaient différentes en fonction des informations contenues dans le récit. Par exemple, lorsqu’il n’était pas mentionné si les productions étaient évaluées, les premières questions étaient orientées vers ce sujet :

  • Avez-vous évalué les publications des étudiants sur ce [blogue, microblogue ou wiki], que ce soit de façon formelle ou informelle, notée ou non?
  • Si vous avez évalué formellement, seriez-vous intéressé à partager votre outil d’évaluation?

Lorsque les enseignants étaient intéressés à partager leur expérience ou lorsqu’ils avaient mentionné dans leur récit qu’ils évaluaient les productions, les questions suivantes étaient posées :

  • Avez-vous utilisé des critères d’évaluation reliés au [blogue, microblogue ou wiki] ou avez-vous noté ce travail seulement en fonction des critères reliés à la compétence de votre cours?
  • Avez-vous utilisé un outil d’évaluation en particulier? Si oui, seriez-vous prêt à le partager?
  • Avez-vous rencontré des difficultés au moment d’évaluer?
  • Est-ce que les étudiants étaient notés sur les interactions avec les autres?
  • Est-ce que les étudiants ont reçu une formation sur l’outil? Sur l’identité numérique et l’éthique numérique?

D’autres enseignants ont été ciblés, la plupart à la suite d’une veille réalisée sur les médias sociaux, principalement sur Twitter. La communauté des enseignants qui utilisent Twitter fait rayonner les expériences intégrant les TIC en enseignement. Ainsi, des enseignants du secondaire et de l’université ont été joints et ils ont été invités à répondre aux mêmes questions concernant la nature des activités réalisées et les modalités d’évaluation.

Enfin, la participation à deux évènements (Clair 2011 et les ateliers pédagogiques de l’Association des collèges privés du Québec) nous a permis de discuter avec des enseignants de l’intégration des technologies en éducation, notamment des outils du web social, et de l’implication que cela avait en éducation. Dans les deux cas, les participants aux groupes de discussions avaient la possibilité d’assister à un certain nombre d’ateliers. En choisissant l’atelier que nous proposions, ils démontraient l’intérêt pour le sujet, mais n’avaient pas obligatoirement expérimenté la réalisation d’activités pédagogiques intégrant les TIC.

À Clair 2011, l’approche privilégiée était de type non-conférence, comme l’expliquent Deschênes et Parent (2010a, p. 5) :

Le concept de non-conférence permet aux participants de se rassembler dans différents ateliers afin de discuter sur des thèmes, généralement choisis auparavant par ces mêmes participants. Dans ce contexte, le modèle de présentation traditionnelle fait place à des tables rondes où chacun est invité à participer.

L’évènement regroupait des intervenants du milieu de l'éducation, principalement du Québec et du Nouveau-Brunswick, mais aussi du reste du Canada et de l’Europe. Les participants désiraient échanger sur des sujets portant à réfléchir sur les transformations souhaitées en éducation, en particulier avec les outils du web 2.0.

L’atelier tenu dans le cadre de cette recherche était annoncé sur le site de l’évènement et les participants qui s’y sont joints provenaient de plusieurs milieux : enseignants au primaire et au secondaire, enseignante en France, conseillère pédagogiques TIC au collégial, étudiantes à l’université et représentantes du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. Dans un premier temps, ils ont tous été appelés à témoigner de leur expérience d’intégration des technologies dans leur pratique. Des questions plus spécifiques et directement en lien avec le sujet de cette recherche ont ensuite été posées :

  • Comment s’assurer que les étudiants sont vraiment les auteurs des travaux?
  • Comment pondérer une contribution (un commentaire sur un blogue, une contribution sur un wiki)?
  • Est-ce qu’on ouvre complètement les productions au monde?

En ce qui concerne les ateliers pédagogiques de l’Association des collèges privés du Québec, les participants étaient majoritairement des enseignants au collégial. La formule retenue pour cet atelier était de présenter des affirmations et de laisser aux participants le temps de se prononcer : étaient-ils en accord ou en désaccord avec celles-ci. Ils se prononçaient d’abord en indiquant leur position à l’aide d’un carton mis à leur disposition, puis nous engagions une discussion alimentée par les arguments en lien avec leur point de vue. Les thèmes et énoncés initialement choisis pour la discussion étaient accompagnés de sous questions pour relancer et réorienter les échanges au besoin. Des exemples d’intégration des outils du web social en pédagogie étaient choisis et ont été présentés pour alimenter la discussion.

Les thèmes retenus étaient les suivants :

  • Le rôle de l’enseignant
    Énoncé : L'intégration des outils du web 2.0 va nécessairement changer le rôle de l'enseignant.
    Sous-questions : Comment? Préparation, prestation, interaction, évaluation, etc.?
  • Les stratégies pédagogiques 
    Énoncé : On peut facilement intégrer un outil du web 2.0 sans changer la pédagogie.
    Sous-questions : Changer l’apprentissage? Changer l’enseignement? Demandez-vous des productions différentes?
  • L’évaluation
    Énoncé 1 : On doit absolument évaluer les productions des étudiants.
    Sous-questions : Est-ce qu’on doit le faire autrement, par rapport aux productions traditionnelles? Est-ce que ça doit être nécessairement sommatif? Est-ce qu’on doit évaluer toutes les productions? Est-ce qu’on doit évaluer les interactions?
    Énoncé 2 : C’est impossible d’évaluer les productions individuellement puisque l’apprentissage est collectif.
    Sous-questions : Que dit la politique d’évaluation de votre établissement? Qu’est-ce que vous faites présentement? Comment considérer l’aspect individuel dans un travail d’équipe?
  • La formation sur l’identité numérique
    Énoncé : Les étudiants savent utiliser les outils du web 2.0.
    Sous-questions : Qui leur a appris? Est-ce qu’on doit créer une charte? Que devrait-elle inclure? Est-ce que les étudiants devraient contribuer à l’élaboration de cette charte?

Le temps étant assez court (1 h 15) et les discussions intenses, certains thèmes ont été regroupés (la discussion autour de la question des stratégies pédagogiques s’est déroulée en même temps que celle au sujet du rôle de l’enseignant) et la formation sur l’identité numérique a été très peu approfondie.

Produire une grille pour chaque type d’outil retenu

La deuxième étape était de produire une grille pour chaque type d’outil retenu. Les grilles proposées comportent des critères d’évaluation et des indicateurs de performance en fonction des outils utilisés, des types d’activités réalisées par les enseignants et les étudiants, de la place qu’occupent les outils dans l’évaluation, etc. Cette étape consistant en la rédaction de grilles, aucune collecte de données ne s’ajoute à celle effectuée dans la première étape, sauf en cas de besoins ponctuels.