Conclusion

Au terme de cette recherche, on peut affirmer que certains enseignants au collégial utilisent effectivement le web social comme levier de développement professionnel. Rappelons qu’il ne s’agissait pas de vérifier si l’utilisation d’outils du web social pouvait remplacer les formations dans des contextes formels. L’objectif était plutôt de voir les répercussions de ces activités sur la pratique des enseignants, puis de documenter les pratiques actuelles de développement professionnel soutenues par le web social : nous avons analysé les activités effectuées par des enseignants au collégial à l’aide des outils du web social, à des fins professionnelles. Quarante-cinq enseignants au collégial ont répondu à un questionnaire visant à préciser les activités et les processus effectués, puis à qualifier les répercussions sur leur pratique.

Les activités les plus populaires auprès des enseignants sont, dans l’ordre, le recours aux amitiés Facebook, la consultation de blogues et l’accès à un réseau personnel sur Twitter. Parmi les cinq activités les plus souvent effectuées, les trois qui sont effectuées par le plus grand pourcentage d’enseignants ayant noté des répercussions sur leur pratique sont, dans l’ordre, la participation à des groupes Facebook, l’utilisation de forums électroniques et le recours aux amitiés Facebook.

Même si l’on doit consacrer un certain temps à ces activités – temps défini par l’enseignant –, il semble que les enseignants qui ont noté des répercussions sur leur pratique considèrent qu’il s’agit d’un investissement. Ceux-ci sont, en majorité, des participants actifs ou très actifs : ils sont producteurs davantage que spectateurs. Il faut toutefois noter qu’un pourcentage intéressant (79 %) d’enseignants qui font des activités en périphérie a aussi noté des répercussions sur sa pratique.

Les processus mis en œuvre ayant eu le plus de répercussions sont le débat et la création de nouvelles méthodes. Ce sont les deux processus exigeant le plus de réflexion et la confrontation de ses idées avec celles des autres. Cela rejoint les nombreuses recherches qui concluent que le développement professionnel et les apprentissages se nourrissent des interactions (Charlier et Donnay, 2008; Daele, 2004; Dionne, 2003; Lauzon, 2002; Nault, 2007; Tact, 2000).

Certains enseignants questionnés ont noté des répercussions sur la planification de la séance (volets pédagogique et disciplinaire), la préparation d’une leçon et les communications. Plus de la moitié des répondants a perçu des répercussions sur les étudiants (diversité des approches pédagogiques, accès à des contenus de cours à jour, cohérence, motivation et sentiment d’appartenance).

Bien que ces activités ne soient pas planifiées d’après des objectifs d’apprentissage, des apprentissages s’y font, que ce soit dans un contexte où les enseignants ont l’intention de devenir plus compétents (apprentissages non formels) ou dans un contexte où ils n’ont pas d’intentions explicites préalables (apprentissages informels). Cette conclusion rejoint celle de Lauzon (2002) qui mentionne que les enseignants au collégial apprennent à enseigner en utilisant deux modes qui ne sont pas formels, soit l’apprentissage par la pratique, en particulier dans son volet réflexif (p. ex., réfléchir à son expérience et analyser sa pratique), et l’apprentissage par l’interaction avec les collègues. Les enseignants apprennent donc des collègues (observation et consultation) et avec les collègues (accès à leur pratique). Les outils du web social viennent multiplier les occasions pour un enseignant d’entrer en relation avec des collègues – des enseignants au collégial, des enseignants d’autres ordres ou des experts de son domaine d’enseignement.

Les communautés – celles d’enseignants en particulier – ont fait l’objet de plusieurs recherches en éducation, dont plusieurs ont été citées dans le cadre conceptuel. L’étude des répercussions du web social – réseaux sociaux ou médias sociaux – fait maintenant l’objet d’études sur le développement professionnel des enseignants d’autres provinces (études à paraitre). Comme dans le cas de ce projet, il s’agit d’études qui s’intéressent à la perception des enseignants. Il serait intéressant de vérifier si la perception des enseignants relativement aux répercussions sur les étudiants correspond effectivement à leur expérience.

Une des préoccupations découlant du développement professionnel des enseignants à l’aide des outils du web social est qu’il y a des conséquences à avoir une présence numérique : la reproductibilité, l’accessibilité et la durabilité (Deschênes et Parent, 2014). Il est donc important que les enseignants utilisent leur jugement et qu’ils s’assurent qu’aucune information confidentielle n’est divulguée, même dans les cas où il existe une forme d’accès sécurisé; par exemple, un groupe privé ou même secret sur Facebook ne devrait en aucun cas contenir des informations qui permettraient de reconnaitre un étudiant quand un enseignant fait part d’une situation vécue. En utilisant les outils du web social, on accepte les conditions d’utilisation de l’organisation, et ces conditions peuvent changer sans préavis.