Plusieurs auteurs ont proposé des définitions pour le terme agentivité : « the power to originate actions for given purposes » (Bandura, 1997, p. 3), « the capability of individual human beings to make choices and to act on these choices in ways that make a difference in their lives » (Martin, 2004, p. 135), « the capacity to change the world and his or her own behavior » (Engeström et Sannino, 2010, p. 5) ou « le contrôle exercé par les sujets sur leur propre fonctionnement, leurs conduites et l’environnement » (Jezegou, 2014, paragr. 2).

Dans le domaine de l’apprentissage, Brennan (2012, p. 24), en s’inspirant de Bandura (2001) et Martin (2004), définit l’agentivité comme « a learner’s ability to define and pursue learning goals », ce qui permet à l’apprenant de jouer un rôle dans son propre développement, dans son adaptation face aux changements.

La plupart des auteurs, bien qu’ils utilisent des termes différents, proposent des explications desquelles il semble se dégager deux aspects : 1) le fait de se fixer des buts et 2) le fait de les atteindre. Un individu pourrait se fixer des buts sans les atteindre, ou atteindre des buts fixés par un autre individu : dans ces deux cas, il ne ferait preuve d’agentivité. C’est pourquoi l’agentivité se trouve à l’intersection de l’autodétermination (« an autonomous, authentic free will to learn » (Jezegou (2013, p. 183))) et de l’autorégulation (« the exercise of agentic, self-controlled learning activity » (Jezegou, 2013, p. 183)).

La double dimension de l'autodirection en formation

La double dimension de l’autodirection en formation

Carré (2003) ajoute la notion d’auto-efficacité perçue (« Perceived self-efficacy is concerned with people’s beliefs in their capabilities to perform in ways that give them some control over events that affect their lives » (Bandura, 1999, p. 46)). Il représente l’articulation de ces trois notions de la manière ci-contre. Il explique : « l’apprenant autodirigé est à la fois fortement engagé dans son propre projet (autodétermination), armé de techniques et de ressources cognitives, matérielles et humaines dont il est capable de réguler les usages en fonction de ses propres objectifs (autorégulation), le tout étant fortement soutenu et dynamisé par un sentiment affirmé de son efficacité personnelle à apprendre ».

Les caractéristiques de l’agentivité

Bandura (2001, 2006) définit quatre principales caractéristiques de l’agentivité humaine : l’intentionnalité, l’anticipation, l’autorégulation et l’autoréflexion. Emirbayer et Mische (1998) distinguent quant à eux trois dimensions qui constituent l’agentivité humaine :

  • La dimension itérative, axée sur le passé Cette première dimension réfère à la réactivation sélective par les individus de patrons de pensées et d’actions passés.
  • La dimension projective, axée sur le futur La dimension projective, à l’instar de la caractéristique d’anticipation de Bandura, réfère au fait d’imaginer les trajectoires liées aux actions et à configurer ces actions en fonction de ses attentes, ses espoirs et ses craintes.
  • La dimension pratico-évaluative, axée sur le présentCette dernière dimension implique la capacité des individus à évaluer les alternatives en fonction de leurs trajectoires potentielles, en réponse aux demandes émergentes, aux dilemmes et aux ambigüités liées aux situations en constante évolution.

Engeström (2006, p. 169) émet des réticences face à la catégorisation des différentes dimensions de l’agentivité : « sans être dénuées d’intérêt, ces catégorisations ne sont pas sans faiblesses, du moins si on les examine à l’aune de la théorie de l’activité ». Sa principale réserve est à l’effet qu’elles se limitent souvent à l’agent en tant qu’individu, délaissant la dimension historique de l’agentivité et limitant ainsi leur capacité à rendre compte du changement.

Des modes d’agentivité

À ce sujet, Bandura (2006) note aussi que la plupart des théories de l’agentivité humaine se limitent à l’agentivité sur le plan individuel. Il ajoute qu’en revanche, la théorie sociocognitive distingue trois modes d’agentivité : individuelle (l’individu influence ses propre fonctionnement et les évènements de son environnement), par procuration (l’individu s’appuie sur les actions des autres pour atteindre ses propres buts) et collective (les individus travaillent de concert à gérer et à améliorer leur vie, en partageant leurs intentions, connaissances et habiletés, en rassemblant leurs connaissances, leurs capacités et leurs ressources)

Dans le contexte explicite de l’apprentissage, Brennan (2012) mentionne que la participation active à la définition et à la poursuite de ses objectifs d’apprentissage est à la fois un acte indépendant (les apprenants ont la liberté et la responsabilité d’identifier ce qui les préoccupe, les intéressent, et ce dont ils auront besoin pour atteindre leurs objectifs) et connecté (les apprenants ont la possibilité de se lier à d’autres apprenants et à des ressources grâce à la technologie en réseau, à la recherche de structure de soutien et d’échafaudage de leurs apprentissages).

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